Que faire face à l’impuissance ? Trucs de coaching pour sortir de l’impasse de se prendre pour une victime et se croire incapable de réaction.

Lors d’une récente séance de supervision, un coach senior est confronté à un cas difficile.

Son client aurait souhaité non pas un coaching mais une médiation, qui lui a été refusée par sa Directrice. Le client, frustré, accepte néanmoins l’opportunité du coaching pour travailler sur lui-même…

Mais que croyez-vous qu’il se passe dans les séances ?

Coaching systémique : l’impuissance mise en scène !

Vous avez entendu parler des échos systémiques certainement…Pendant la séance, lorsque le client expose son cas et illustre les difficultés avec lesquelles il est aux prises, celles-ci s’illustrent dans la relation au coach. Donc notre client se retrouve à faire face à l’impuissance, en :

  • Ne trouvant pas d’objectifs de coaching.
  • Se montrant motivé ET non motivé pour ce travail.
  • Reconnaissant une chose, puis la nuançant au point de se contredire et ne plus reconnaître ce qu’il avait tout d’abord envisagé comme vrai (on tourne en rond…).
  • Ne voyant pas ce qu’on lui « reproche ».
  • N’acceptant pas l’éventualité de se remettre en question et de changer, puisqu’il est pure victime. C’est plutôt les autres qui devraient changer, puisque lui : ça va !
  • Ne « comprenant pas » les confrontations, les feed-backs ou les reformulations du coach, de même qu’il ne « comprend pas » ce que sa Directrice et les autres membres du comité de direction lui renvoient au miroir

Faire face à l’impuissance du client

Que peut faire le coach face à l’impuissance caractérisée dans laquelle s’enlise son client ?

  • Tenter de lui montrer en quoi justement il s’enlise ?
  • Faire un feed-back à la fois d’empathie et d’étonnement sur le sentiment de victime ressenti par le client ?
  • Mettre à jour le processus parallèle, en montrant au client comment le coach se sent lui aussi mal à l’aise dans cette situation, comme probablement le client, et comme peut-être ses collègues ?
  • Confronter le client en lui montrant son non engagement dans ses séances, qu’il reporte souvent de surcroît… ?
  • Demander au client de repriser ses objectifs de coaching, afin de se centrer sur ce qui le motive vraiment ?

Le client répond selon son processus habituel :

  • Le client avance d’un pas et recule de deux.
  • Il répond à côté de la question et retourne à ses plaintes favorites.
  • Parfois, il finit pas ne pas savoir répondre, laissant de longs silences de confusion mentale, sans trouver de réponse, et sans en chercher d’ailleurs (vide mental, sorte de trou noir cognitif)…
  • Enfin, il se réfugie derrière le prétexte qu’il ne comprend pas la question, ou la proposition, ou le contenu de la confrontation.

Que croyez-vous que ressent le coach ? Que ressentiriez-vous face à l’impuissance du client, mise en scène de cette manière, au sein même de la relation de coaching ?

Faire face à l’impuissance du coach

En fait, le coach doit faire face sa propre impuissance.

Soyons parfaitement clair :

  • Un coach ne peut pas aider un client à se remettre en question, qui refuse de se remettre en question.
  • Il ne peut pas accompagner un client dans le changement, qui refuse de changer.
  • Il ne peut pas aller plus loin que de confronter en montrant au client le processus parallèle.

Donc que peut-il faire, à part faire face à l’impuissance, la double impuissance : celle du client et la sienne !

Que croyez-vous que ressente le superviseur, tout au bout de cette cette chaîne systémique ? Que peut faire le superviseur pour faire face à l’impuissance de son client coach ?

Il ne peut que faire face à l’impuissance globale du système :

  • Entreprise
  • Comité de direction
  • Directrice-client
  • Client-coach
  • Coach-superviseur
  • Superviseur face à lui-même

Accepter l’inacceptable !

Accepter l’impuissance, plutôt que de voir cette impuissance, comme un problème à résoudre, et pourtant impossible, puisque justement on est dans l’impuissance… Et oui, c’et un cercle vicieux !

Puisqu’on est impuissant à refuser, au moins peut-on accepter. Mais l’acceptation n’est pas de la résignation, ou une option par dépit. Il faut accepter non pas par stratégie (ce qui ne serait qu’une feinte acceptation, un refus déguisé pour mieux reprendre le pouvoir de changer la situation). Il faut accepter tout court :

  • Lâcher prise et se concentrer sur l’action et le plaisir de coacher
  • Accepter que la vie s’exprime de cette façon non satisfaisante
  • Reconnaître que les imperfections de la vie font partie de sa perfection
  • Admettre que cela dépasse mes capacités et se sentir soulagé de renoncer à changer ce qui n’est pas dans mon pouvoir. Faire sienne cette phrase de Marc aurélie : »Mon Dieu, donnez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux pas changer, le courage de changer celles que je peux changer et la sagesse de distinguer les premières des secondes. »

Quoi faire tout de même ?

Sur la base de cette acceptation réelle (et j’insiste sur ce point, car sinon aucune stratégie ne pourrait fonctionner), on peut faire les choses suivantes :

  • Commencer par décortiquer plus finement en supervision à la fois :
    • ce qui se joue dans les processus cognitifs et émotionnels du client
    • en quoi cela résonne chez le coach, en quoi cela le met si mal à l’aise (ce client parvient à irriter son environnement, et il y parvient aussi avec son coach, pourtant son allié indéfectible)
  • Revenir à un coaching plus en surface, traitant des sujets opérationnels, prenant le client au mot
  • Prescrire le symptôme (c’est une stratégie thérapeutique de l’école de Palo alto que nous n’allons pas décrire ici. Disons simplement que « prescrire le symptôme » revient à demander au client de produire volontairement un comportement habituellement hors contrôle. Cela amène naturellement la personne à retrouver un peu de contrôle, car soit le comportement non voulu apparaît et il lui « obéit », soit il ne se produit pas et en conséquence, elle a gagné aussi. C’est jouer positivement avec ce que Gregory Bateson appelait une « double contrainte ».) : reconnaître le statut de victime, l’accompagner avec empathie, sans négociation, comme l’aurait fait Carl Rogers en son temps.
  • Négocier un minimum syndical avec le client. Lui reformuler l’impasse dans laquelle le coach se ressent, et son souhait de continuer l’accompagnement sous certaines conditions : « je ne peux accompagner que des gens responsables. Je ne peux malheureusement rien faire pour les victimes, 100% impuissantes, car cela n’existe pas. Je vous propose donc de vous exercer à voir votre infime part de responsabilité dans les situations de souffrance que vous me détaillez longuement, de façon à ce que vous choisissiez délibérément d’agir sur ces leviers, même minimes. Sinon le coaching n’a pas de sens, si c’est juste pour constater à vos côtés qu’il n’y a rien à faire et que tout doit venir des autres… »

Interrompre le coaching ?

C’est une issue toujours possible (pas la plus satisfaisante évidemment). Mais, dans ce cas précis, elle doit venir du client. Parce que dans ce cas, il aura repris la main de cette manière, et aura eu à faire face à l’impuissance de façon victorieuse, a minima sur ce point. Après tout c’est un bon début, plutôt que de se lamenter de subir un coaching aussi injuste (lui, qui aurait tant voulu une médiation, à la place !)

Par ailleurs, si le coach interrompt volontairement le coaching :

  • au prétexte de ne pas prendre inutilement l’argent au client, il aura à coup sûr fait perdre l’argent au client pour les séances jusqu’ici, qui n’auront donc servi à rien !
  • il remet le système en situation d’impuissance, rendant les clients à leurs jeux pervers, sans y avoir apporté de changement positif. Que croyez-vous qu’il va se passer après ? Quand la Directrice verra que même un coach n’a pas réussi avec cette personne, décidément particulièrement difficile ? Quand le client aura eu une nouvelle confirmation de son statut de victime, par un coach qui renonce et l’abandonne ? Au début il se sentira coupable un peu plus…et après il se défendra en accusant l’incompétence du coach, s’enfonçant ainsi une nouvelle fois dans ses sables mouvants préférés…
  • Le coach ne sort pas grandi de cette expérience. Au mieux il se dit qu’il a encore besoin d’apprendre. Au pire, il arrête le coaching, au moins avec ce genre de thèmes ou de personnes traumatisantes pour lui.

Triangle dramatique

Et que croyez-vous qu’il risque de se passer lors du tripartite de conclusion ?

  • Le client ne dira probablement pas grand-chose (ce n’est pas lui qui va faire preuve de leadership et de responsabilité en cette ultime situation d’injustice subie !).
  • Pour s’en sortir, le coach lui viendra en aide en reformulant la situation.
  • Et le client se défendra en faisant comme à son habitude eux pas en arrière après avoir « concédé » un pas en avant !
  • Là-dessus, la Directrice, ayant pitié du coach placé dans la même situation qu’elle connaît elle-même trop bien, et agacée par ce nouvel aveu d’échec, défendra le coach et insistera sur la responsabilité de son N-1 refusant l’obstacle…
  • Le coach, croyant bien faire, viendra alors éventuellement en aide à son client, venant nuancer le propos de la Directrice.
  • Et youpi, un tour de grand huit dans le triangle de Karpman, chacun étant tour à tour victime, persécuteur et sauveur !

La belle au bois dormant

Le client est come la belle au bois dormant :

  • Gisant, immobile et impuissant, tel un cadavre au fond d’une inertie proche de la mort
  • Déplorant l’injustice des autres envers lui : il se vit comme une victime face à des bourreaux
  • Il attend (telle la belle au bois dormant attendant qu’un prince vienne l’éveiller d’un doux baiser) qu’on vienne le délivrer des sables mouvants qu’il crée lui-même, en s’y enfonçant à plaisir

Quel coach saura l’accompagner dans son impuissance, sans tomber dans les pièges des jeux pervers induits par le dysfonctionnement ? Qui aura assez d’amour, de patience, de lucidité et d’adresse, pour aider notre héros à se sauver lui-même ?

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