C’est un texte sur le féminin sacré qu’il m’est venu d’écrire vite fait ce matin, en lisant quelques pages d’un roman chinois de François Cheng (« L’eternité n’est pas de trop »).

Une histoire où un vieux Taoïste retrouve des années plus tard la dame que jadis il n’avait pu épouser. Malgré le poids des ans et le cours tumultueux de leurs vies respectives, leurs sentiments se révèlent intacts et sans doute encore plus délicats que s’ils avaient pu consommer leur relation dans une vie ordinaire. L’alchimie du cœur a ses secrets…

De quel féminin sacré parle-t-on ?

Pour un homme je suppose qu’il y a plusieurs sortes de femmes :

  • Il y a d’abord la femme, que l’on croise sans la regarder, sans la connaître. Rien à en dire.
  • Il y a aussi les femmes sur lesquelles sont projetés des fantasmes divers. Heureusement pour elles, cela ne les concerne en rien. Ce ne sont que des images sorties de l’imaginal, et aussitôt dissoutes, tandis que la vie passe, intacte et superbe.
  • Il y a également la connaissance que l’on rencontre incidemment, la relation qui se tisse, l’amie parfois que l’on a :  c’est un être humain féminin. Comme il y a des hommes comme-ci ou comme ça, avec des tempéraments différents, cet être-là est de caractéristique féminine. On en tient compte parmi d’autres critères. Cette femme-là n’est sexuée que parce qu’il lui faut bien un genre, mais cela n’est pas central dans la relation. On respecte sa vie de femme, sa divinité de femme même, comme on respecte celle d’un homme, mais sans pour autant y communier. Il peut bien sûr se construire là de belles amitiés, dans une sorte de fraternité, au sein de laquelle les subtilités de l’âme peuvent être partagées et appréciés dans leurs signatures. Là, parfois, un parfum d’Unité peut surprendre. Mais, il n’invite pas à aller au-delà. C’est ainsi.

La femme intime

  • Et puis, il y a celles que l’on a la grâce d’aimer. De différentes manières, à différents degrés d’intimité. Celles-là font sentir à l’homme des choses auxquelles il n’a accès que par la spécificité de son miroir féminin. Elle seule, en effet (par l’amour qui lui est porté), peut révéler l’infini dont elle est porteuse, à travers sa manière singulière d’envisager la vie. Ainsi, son simple regard, l’innocente forme de ses poignets, sa poésie, son humour, sa tendresse, sa sensualité, sa magie sont autant d’entrées possibles dans le Sacré, s’il y est sensible.
  • Enfin, il y a les instants magiques, où « Elle » (le féminin de l’être suprême) se révèle à travers elle (l’être humain féminin), et « Lui » (le masculin de l’être suprême) peut enfin La voir, à travers ses yeux et ses mains à lui (de petit homme). Vous comprenez : les deux aspects de l’Unité au sommet peuvent communier à travers la dualité, à travers la conscience émerveillée de deux petits être humains, soudain ravis un instant jusqu’aux Cieux. Là, il n’y a plus de mots, à part AMOUR. Et c’est pour eux la grande expérience, qui dépasse les limites du temps. Même la mort (ou d’autres formes de séparation, comme l’abandon ou la trahison), ne peuvent effacer cet ineffable. L’Unité s’est révélée là, qui a été vue et restera toujours en arrière-plan de tout le reste, apportant toujours et partout un fond de :
    • Paix des profondeurs.
    • Joie sans objet.
    • Amour pour tous.
    • Infinie liberté.

Ceux qui ont vécu ne serait-ce qu’un aperçu de cette expérience d’amour intense, savent que ce n’est pas exagéré. Mais il est inutile de fantasmer avec ça. On le vit à des degrés divers. Des fois ce n’est que « du coin de l’oeil » en quelque sorte. Mais c’est déjà une préparation pour une prochaine ouverture.

Le féminin sacré, n’est rien d’autre que l’Amour lui-même

Il semble que tous, femmes et hommes, n’aient pas forcément la grâce de pouvoir se révéler à travers la magie de la relation amoureuse. Mais, c’est néanmoins une Voie ouverte à tous. Peut-être la plus haute. En tous cas, beaucoup y aspirent, ressentant l’appel, sans toutefois parvenir à aimer vraiment, enfermés qu’ils sont dans les peurs qui figent leur conscience sur leur ego. C’est la quête d’une vie entière, la queste de la vie tout court d’ailleurs. Et on n’y peut presque rien. C’est peut-être un destin, une disponibilité obtenue probablement par la maturité de la conscience…

Heureusement, toutes les voies d’amour conduisent à l’AMOUR. L’amour pour nos parents, pour nos enfants, et avec eux l’amour pour les petits, pour les fragiles. Donc, c’est aussi l’amour pour les forts (puisqu’ils souffrent tous de faiblesse tôt ou tard).

La puissance du féminin sacré, c’est d’inspirer au autres cet AMOUR infini que la femme incarne, et qui touche l’homme jusqu’aux tréfonds de son cœur, si c’est leur destin de connaître cette connexion entre eux.

L’orgasme du corps est à cette image, qui n’en est pourtant qu’un pâle reflet quand il n’est que mécanique ou psychologique. Mais quand il est complet, alors il n’engage pas que le corps, faisant puissamment vibrer l’âme, et éveillant l’esprit.

« La flamme s’entretient de sa propre splendeur »

Ici nous restons allusifs, nous n’évoquons tout cela que succinctement, et presque avec pudeur. Mais lorsque cette forme d’éveil est en cours dans l’être, mille détails viennent entretenir la flamme : le son de la voix, le sourire, une mèche de cheveux, l’effluve d’un parfum, un trait d’esprit…

Après que cela ait été vu suffisamment et apprécié longuement, tout cela, on le retrouve ensuite partout. Même chez les inconnues qu’on ne voyait pas auparavant.

En effet, c’est partout « Elle », qui se manifeste.

Mais bien sûr, tout en l’apercevant avec dévotion, on n’appuie pas le regard, parce que les jeux sont déjà faits et qu’il faut laisser cette autre histoire intacte, pour que d’autres la vivent, sans confusions et sans mélanges inappropriés. Tout est là, rien ne manque. « Elle » est dorénavant en soi….

Au cœur de Soi, plus grand que soi !

Maître Philippe de Lyon disait, paraît-il : « Un homme aime d’abord une femme, puis toutes les femmes, puis tous les êtres ». Parce que la femme a le pouvoir de faire accéder à l’AMOUR, à travers l’amour qu’elle inspire, quand il y a correspondance.

Le pouvoir de la magie

Même lorsqu’elle n’est pas magicienne, la femme en est une, sans le savoir.

Plus spontanément et profondément que ne peut le faire un homme, elle imprègne ce qu’elle touche, elle charge de beauté la beauté qu’elle décèle dans les choses auxquelles elle prête son attention.

  • Un objet qu’elle a pris dans ses mains vibre plus fort.
  • Une chose dont elle a parlé devient plus vivante.
  • Elle embaume l’environnement dans laquelle elle évolue.

Le mariage du yin et du yang en soi

La façon dont elle décore son environnement est une manière d’inviter l’invisible à s’y épanouir, selon ses correspondances.

Et elle est charmée qu’on s’en aperçoive, et qu’on apprécie ainsi son essence féminine. Car ce charme même, c’est ce qu’elle est, intrinsèquement. Et ce charme fonctionne dans les deux sens. Si bien que parfois, elle tombe elle-même sous son propre charme, quand elle le découvre. C’est bien naturel.

Pour le meilleur (et souvent pour le pire), sans doute ensuite est-elle aimantée symétriquement par l’énergie Yang de l’amant, qu’elle aime trop pour se suffire de son propre Yin.

Il faut dire qu’elle est faite pour le connaître et l’aimer, afin de révéler en elle son propre Yang. Lui aussi, c’est cela qui l’attire chez elle : pouvoir grâce à elle et à son contact, révéler son Yin intérieur, afin de devenir un homme complet. Autrement, il restera en enfance toute sa vie, une pauvre caricature.

Entre nous, Dieu fasse que cet homme l’aime autant qu’il le pourra, au lieu d’abuser de ses grâces, en inconscient impénitent ! Mais bon… avec les années, on constate hélas que cela n’arrive pas si souvent que ça.

C’est la vie, c’est comme ça, mon bon Monsieur 🙂

L’équilibre des polarités

Rappelons ici que les femmes sont féminines ET masculines. Et les hommes aussi.

Heureusement que chacun est potentiellement complet ! Mais il faut actualiser cette complétude, en partant en queste de sa complémentarité, aussi bien à l’extérieur que surtout : à l’intérieur de soi. Mais il n’y a pas à choisir : les deux vont de pair.

Sinon, ce serait misérable.

C’est d’ailleurs l’illusion dans laquelle tombent les malheureux « dépendants ».

Fondamentalement, ils se croient vides à l’intérieur et prétendent se remplir avec du plein de l’extérieur. Mais c’est un mauvais calcul pour deux raisons : cet apparent plein extérieur est en fait vide, tandis que leur soi-disant vide intérieur est en fait plein ! Double peine… et vie de frustration sans fin.

Certes, tout cela ne sont que facéties de la vie. Mais, tout de même : quel temps perdu !

Et combien de souffrances inutiles, avant de découvrir que tout est simple et déjà là.

Or donc, certains qui se croient insuffisamment pleins, quand ils sont touchés par le plein qu’ils aperçoivent au dehors, à travers la polarité féminine de l’autre (celle qu’ils n’ont pas encore suffisamment développée en eux-mêmes), tombent sous le charme (bravo, cela prouve qu’ils sont vivants et sensibles !). Mais s’ils n’assument pas assez leur propre intériorité, ils restent scotchés sur le lampadaire comme un papillon de nuit, agité à se brûler les ailes sans pouvoir jamais accéder vraiment à la lumière qui les fascine. Et c’est bientôt dans l’addiction malheureusement.

La dépendance affective

De là découlent bien des misères :

  • De l’adulation pour la femme idéalisée. Ce malheur là n’est que mise à distance sous prétexte de piédestal.
  • De la possessivité, de la jalousie, avec son lot de craintes, de reproches, de plaintes, de justifications.
  • Et puis des jugements, des interprétations, bien sûr, et des manipulations diverses.
  • Entre autres, des jeux de séduction et de domination/soumission.
  • Bref, on est parti pour le grand huit des montagnes russes émotionnelles…

montagnes russes émotionnelles

Quand le rêve devient cauchemar

La « passion » dure un temps. Puis viennent les épines de la rose tant désirée, où perle le sang des doigts inexpérimentés, qui prétendaient malgré tout profaner le mystère. Et ainsi, au quotidien, mille contrariétés transforment le doux rêve en cauchemar. D’amoureux, on devient indifférent ou hostile, chacun croyant défendre sa peau, alors qu’il n’en est rien. Ce n’est que temps perdu à tourner en rond, dont nous parlions tout à l’heure, tandis que la vie passe. Jusqu’à ce que quelque trompette d’éveil ne retentisse peut-être, du fond de la souffrance…

Nota : La passion veut dire souffrance. Le mot souffrance vient de « soufre » qui, en alchimie, signifie « esprit ». C’est le soufre qui se marie au mercure, comme l’esprit à la matière. C’est ainsi que la souffrance provoque l’éveil et le développement de la conscience.

La couronne de la sagesse

On passe sa vie parfois à rechercher le véritable amour, tandis qu’il survient parfois très tôt, mais qu’on ne le cueille souvent en plénitude qu’assez tard, après bien des errances.

Certains célèbres chevaliers du moyen-âge, se dénommaient eux-mêmes : « la légion des repentis ». Pourquoi ? Mais parce qu’ « il faut descendre pour monter » (selon un vieil adage initiatique), et se tromper pour pouvoir se rectifier. Les Galaad « tout purs » sont un mythe pour désigner l’éternelle pureté de la conscience immaculée, mais pas une réalité à la lettre (sauf exception). Dans la vie, on va de l’inconscience à la conscience, des ténèbres à la lumière. Donc il y a toujours de quoi se relever, puisqu’on tombe forcément en apprenant à marcher.

C’est encourageant : Pas de perfection en ce « bas-monde » :-).  Mais, en revanche, la possibilité certaine, après s’être désillusionné, de découvrir que toutes ces imperfections étaient l’essence même de la perfection d’ensemble. Ce qui fait dire que : « les imperfections sont absolument parfaites ! ».

Comme le dit le philosophe grec Parmenide : « à l’évidence, le non-être ne saurait être ! « . Donc, le mal absolu n’existe pas. Il n’existe qu’un « mal » relatif (vous m’excuserez ces mots de bien et de mal, empruntés un instant à la sémantique judéo-chrétienne, pour faire résonner en nous ces archétypes). Ce mal ou ces limites (ou imperfections), ne sont là que pour permette de vivre le contraste, et ainsi apprécier encore mieux leur sublime ensemble.

Les hommes aussi ont accès au féminin sacré, en eux-mêmes

J’ai connu un homme, qui sans doute avait développé son féminin autant que son masculin (et en l’occurence, ce n’était pas peu dire), et qui chargeait consciemment avec une Vie intense ses objets consacrés.

Quand il est parti, avec dévotion, j’ai pu recueillir certains d’entre eux, comme des reliques, dépositaires de cette énergie spirituelle déposée.

Mais les hommes et les femmes qui n’ont peut-être pas encore affiné leur disponibilité passent souvent devant eux sans sentir ce halo de vie densifiée, parfois sans même remarquer l’objet rayonnant. Et pourtant, en prenant son temps, dans la pénombre, la magie parfois se témoigne, radieuse, et toujours là, même vingt cinq ans après.

Romantisme, fantasmes impuissants ? Ou réalité vibratoire authentique, douée d’une goutte de libre arbitre de surcroît, qui requiert de la sensibilité pour que la fresque s’anime aux yeux du disciple…

Une bonne capsule sur la puissance du féminin

Métamorphoses : cette série de capsules est généralement intéressante… L’épisode ci-dessous également, quoi qu’un peu « plat » à mon goût. Mais c’est une appréciation personnelle. J’aime l’intensité. Je suis souvent impatient aussi, et il faut envoyer du lourd, pour que je reste jusqu’au bout d’un texte ou d’une vidéo. Bref, vous allez pouvoir vous faire votre propre opinion par vous-même :

Cependant, j’y ai collecté pour vous quelques bonnes idées, notées ici.

Puissance du féminin :

  • Capacité à donner corps à l’invisible (fonction de l’utérus).
  • Faire confiance (la coupe qui accueille ce qui nous dépasse).
  • Puissance de l’accueil, et donc puissance de la vulnérabilité, accepter de se laisser émouvoir, d’aimer et de se donner. Donc capacité à se dévoiler pour s’exposer au regard de l’aimant.

J’ajouterais volontiers :

  • Capacité médiumnique, divination, intersession.
  • Enracinement dans le corps, qui est la source de la vitalité (et les femmes sont plus vitales que les hommes, plus résilientes, longévité supérieure, etc…).
  • Capacité à se révolter (même par la courbe).

Mais la liste n’est évidemment pas terminée.

La stratégie du féminin sacré

Bon, c’est vrai, ce sous-titre ne veut rien dire. Mais c’est un joli sous-titre, non ?

Déjà féminin sacré est un pléonasme. Au sens propre le féminin de l’être, c’est le sacré. Le masculin aussi. Mais de façon complémentaire, puisque ce sont les deux aspects de l’Unité sacrée.

Toujours est-il que Camille Sfez, que je ne connaissais pas avant d’entendre sa voix dans le podcast proposé en lien ci-dessus, évoque à juste titre, je trouve, l’intérêt de comparer les stratégies yin et yang, au lieu de le polariser sur stratégies des femmes et stratégie des hommes.

Les deux approches sont certes équivalentes en termes de résultat, mais les moyens sont complémentaires.

A creuser, si cela vous inspire…

féminin sacré

Les origines du féminin sacré

Le concept du féminin sacré daterait de la préhistoire (culte de la Déesse mère – 40.000 ans avant JC ?) avec la pluralité des Divinités relatives, au sein de la Déesse unité. Je ne suis pas historien, mais 40.000 ans, ce doit être une longue durée… Donc, c’est dire si la révélation du féminin sacré remonte à la nuit des temps. C’est probablement la première chose qu’a découverte notre « gros magnon », qui avait son sens de l’esthétique bien affirmé :

 

féminin sacré

Nota : Ne pas confondre la femme avec le féminin ! Contrairement à ce qu’a l’air de dire le podcast, le yin est associé au féminin depuis toujours dans le Taoïsme, bien avant la dynastie des Han. Même si évidemment il y a eu détournement politique à cette époque, qui a attribué le yin à la femme (alors qu’il n’en est rien), pour la maintenir à l’intérieur du foyer, laissant l’homme aux affaires publiques. Bon, c’est un détail dont tout le monde se fiche. Moi le premier. Mais je tenais à le dire, juste pour ajouter mon grain de sel et faire mon intéressant.

 

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