Comment un leader positif peut-il faire face à l’agressivité ? Comment ne pas perdre ses moyens face à l’agressivité, comment ne pas réagir soi-même avec agressivité face à l’agressivité d’autrui ?

Cette posture exprime à la fois la peur et l’imminence d’une attaque

L’agressivité vient de la peur, Elle est l’expression d’une souffrance active en train de « vibrer », et qui met en résonance la même peur et la même agressivité latente chez l’interlocuteur. L’agressivité, et la peur qui la sous-tend, sont des émotions et des comportements contagieux…

En tant que leader, vous êtes parfois confronté à devoir faire face à l’agressivité des autres (des patrons, des collègues, des membres de votre équipe, des clients, des fournisseurs, etc…). Vous pouvez essuyer des reproches ou des plaintes de la part de votre entourage. Vous pouvez ressentir de l’agressivité vous-même, quand émettant une critique constructive, votre interlocuteur vous semble de mauvaise foi et se justifie au lieu d’accueillir l’opportunité d’un dialogue constructif avec vous. Quelle serait une bonne posture et de bonnes pratiques pour faire face à l’agressivité sans y tomber soi-même : tel est l’art de la confrontation bienveillante ou du recadrage, dont nous avons déjà parlé précédemment.

Face à l’agressivité de l’autre

Ce thème a été évoqué sur un de nos autres sites, à propos de confrontation. Voici un extrait de notre article :

Pour aborder plus en profondeur le thème de la confrontation en coaching, nous pouvons nous interroger ce qui est difficile dans le fait de confronter autrui, ce qui met mal à l’aise avec la nécessité de faire face à l’agressivité :

  • « Je ne suis pas à l’aise avec la confrontation, parce que j’ai peur que l’interlocuteur le prenne mal, parce que j’ai peur que cela nuise à notre relation de confiance,  que cela nuise finalement à l’atteinte des objectifs…
  • « J’ai peur que l’interlocuteur se méprenne sur ma confrontation et ne le prenne pour une agression. Dans ce cas, il risque de m’agresser pour se défendre…
  •  » S’il m’agressait, je risquerais de me défendre et de l’agresser aussi, mais pas de façon positive cette fois : en lâchant la posture de leader bienveillant et constructif…

Face à l’agressivité en soi-même

Que ressentez-vous quand vous êtes en train de vous défendre face à l’agressivité des autres et/ou d’agresser vous-même en retour ? C’est une sensation très désagréable à éprouver. La colère peut être ressentie dans le corps comme noire et visqueuse. On n’a pas forcément envie d’éprouver en soi cette énergie de l’hostilité, même si on y est entraîné malgré soi par des mécanismes inconscients, non encore mis à jour…
Faire face à l’agressivité pourrait déboucher sur un affrontement, dont on n’a légitimement pas envie (on n’est pas là pour ça) : On n’a évidemment pas envie : ni d’être agressé, ni d’agresser à son tour !
A cause de cela, on est mal à l’aise face à l’agressivité. On craint d’être pris dans le phénomène, d’être soi-même débordé par les émotions, et de perdre le contrôle de la situation et de soi-même… On craint d’être agressé, mais certains craignent par dessus tout d’en venir à agresser eux-mêmes les autres. Ce ne serait sûrement pas une solution. Pourtant il serait intéressant de creuser un peu ce qu’il y a sous cette peur…

En effet, pour être de plus en plus à l’aise avec la confrontation dans votre leadership, et pouvoir faire face à l’agressivité sans être agressif vous-même, il vous faut aller au fond de ce qui vous met mal à l’aise, le voir, l’accepter et le laisser se dissoudre (au lieu d’éviter de le voir, de le refuser et de se maintenir sous son emprise).

Si vous souhaitez accompagner vos collaborateurs dans l’exploration de leur profondeur pour y puiser des ressources, il va bien falloir aller aussi dans votre propre profondeur (ne serait-ce que pour connaître le chemin, vivre l’expérience du voyage, et pour pouvoir supporter l’effet de résonance systémique pendant l’entretien !).

Certains pensent que les conflits extérieurs sont le reflet de notre déconnexion avec l’état de paix intérieure. En effet, si vous êtes en paix avec vous-même à l’intérieur, vos relations extérieures sont plus fluides, vous ne vous arrêtez pas aux aspérités qui ne réveillent pas de vieilles souffrances en vous. Et vous-même ne cherchez pas de noises, même inconsciemment, avec votre entourage. Inversement, si vous êtes en conflit intérieur (ce qui est le cas de tout le monde, tant qu’il n’a pas fait un gros travail sur lui-même), des conflits émergent autour de vous en résonance avec vos divisions intérieures.

Dès lors, il y a deux voies possibles, qui ne s’excluent pas l’une l’autre (Vous pouvez conduire ces deux approches en parallèle.) :

  • vous agissez à l’extérieur pour résoudre les difficultés extérieures, en espérant inconsciemment que cela aura un effet positif sur vos difficultés intérieures…
  • vous travaillez directement sur vos difficultés intérieures, et cela a immédiatement un effet de résonance positive sur les situations extérieures…

Quoi qu’il en soit, comment pourriez-vous encore imaginer un instant que vous puissiez être « performant » à l’extérieur, sans travailler sur vous-même d’abord et en même temps ?
Oui, il y a certainement en vous de l’agression, dans les deux sens : agresseur et agressé. Mais « vous » n’êtes pas ces agressions ! Certes, elles sont en vous, mais elles ne sont pas : « vous ». Vous les constatez, vous les accueillez depuis un espace de conscience plus vaste, dans lequel elles peuvent s’installer en sécurité, et se relâcher, se dissoudre. Vous les observez avec amitié, ces peurs et ces colères, légitimes, mais inconsistantes finalement… beaucoup d’agitation pour rien dans le fond… mais reconnaissez d’abord, qu’avant d’arriver au fond où il n’en reste plus de trace, elles sont bien là, comme des monstres hideux qui font très peur…

 

Un « monstre » pas hideux du tout, mais qui semble avoir très peur de quelque chose…

Nota : Vous l’aurez peut-être remarqué, j’adore les chats (je les choisis souvent pour illustrer les articles de nos sites), mais un jour que je voulais chasser de chez moi un chat étranger qui était rentré  en passager clandestin pour voler sans doute les croquettes de mon chat, j’ai ressenti une telle peur chez ce petit animal, qui croyait peut-être sa vie en danger, que j’ai préféré reculer plutôt que d’affronter facialement le chat sauvage qui grognait avec agressivité, acculé dans un coin de la pièce. Je n’ai pourtant pas peur, ni des chats ni des chiens, même hostiles, mais là… j’ai bien senti que sa peur le rendait agressif et dangereux ! Un chat qui vous saute au visage et vous lacère, je l’ai déjà vu et c’est une expérience qui ne m’a pas tenté. Ma manière de faire face à son agressivité a été de reconnaître ma propre peur, puis la sienne, puis de changer doucement de place tout en lui parlant, pour que le « terrible fauve » en profite pour se sauver sans demander son reste, par la porte que j’avais pris soin d’ouvrir en grand…

Cette fâcheuse rencontre nous a laissé des traces, parce qu’il arrive que je croise encore ce chat dans le village, et il se sauve toujours comme s’il avait vu un fantôme. Je le regrette pour nous (mais en même temps j’en souris, parce qu’au moins nous nous sommes « rencontrés » un peu, même si les circonstances n’étaient pas très favorables pour se lier d’amitié)…