Qui est responsable de réussir un débat ?

  • Le contenu du débat n’appartient pas à son animateur (ni sa richesse, ni sa pauvreté).
  • Arriver à un résultat est un processus qui dépend en grande partie de la qualité de l’animation. Mais la qualité du contenu relève surtout de la responsabilité des participants.

Bien animer un débat

  • Créer un espace structuré dans lequel les gens se sentent en confiance pour s’exprimer librement.
  • Souligner les points de convergence et de divergence, et mettre en évidence les 3 ou 4 thématiques émergentes du débat.
  • Quelques tours de main techniques : recentrage, recadrage, visualisation, reformulation, valorisation des contribution, synthèses intermédiaires, etc…
  •  « lâcher prise » pour faire confiance au groupe, et laisser survenir naturellement ce qui peut se passer, ou ne pas se passer.

3 Clins d’oeil pour réussir un débat

Principe d’alignement :

  1. Si vous voulez que le groupe soit en confiance, soyez vous-même en confiance.
  2. Si vous voulez que le chacun puisse s’exprimer librement, montrez l’exemple en étant d’abord vous-même.
  3. Si vous désirez que le débat permette d’éclaircir et de structurer la pensée des participants : soyez vous-même clair et structuré dans votre animation.

Pour réussir un débat, voici le contre exemple, celui des journalistes télé, qui posent des questions parfois plus longues que les réponses des participants. La télé donne une mauvaise image du débat. Il y est mis en scène comme un spectacle. On cherche à mettre en exergue les antagonismes, on cherche l’émotion et l’affrontement des points de vue, plutôt que de chercher un consensus. En entreprise, le débat vise à concerter des décisions, et pas seulement à instruire des réflexions…

« Pour qu’un débat soit bien conduit, il faut qu’il soit bien construit » – Confucius
Voici les différentes phases pour bien animer un débat…

Animer un débat : réussir le cadrage

  • L’objectif : partage de représentation, prise de décisions, émergence d’un panel de propositions…
  • La durée du débat : temps disponible
  • La structure : présentation des différentes phases du débat
  • Le sens : inscrire le débat dans un contexte qui lui donne du sens et suscite l’intérêt pour les participants
  • Rendre clair le sujet du débat, bien cibler la problématique et s’assurer que tout le monde a bien le même niveau d’information. Demander s’il y a des questions de compréhension du thème, ou des enjeux avant de commencer…

Animer un débat : lancer le débat

Veiller à ce que les premiers qui prennent la parole ne déballent pas tous leurs points (ce qui couperait l’herbe sous le pied aux autres participants et nuirait gravement à leur implication dans la suite des échanges recherchés). Les inviter au contraire à n’exposer qu’un point à la fois et à garder les autres bien au chaud pour plus tard. Chacun rebondissant sur l’argument de l’autre.

Rappel de quelques principes de communication :

  • Différencier les faits, les opinions et les sentiments :
    • les faits : objectifs et indiscutables
    • les opinions : subjectives et discutables
    • les sentiments : subjectifs et indiscutables
  • Éviter le « on », parler avec le « je »
  • Proposer une Réflexion individuelle écrite, pour ancrer les opinions et parer à la pression de conformité susceptible de lisser les points de vue : «Je vous propose de consacrer 3min chacun à lister brièvement les premières idées qui vous viennent sur le sujet »

Animer un débat

  • Faire circuler la parole
  • Faciliter l’expression de chacun
  • Visualiser au tableau
  • Recentrer le débat poliment mais avec fermeté
  • Reformuler : Cela donne au groupe une meilleure perception de sa progression
  • S’assurer de la juste répartition de la parole tout en valorisant les participants
    • Pour quelqu’un qui parle beaucoup : « je vois que le sujet vous passionne, j’aimerais que chacun puisse s’exprimer sur ce que vous venez de dire…  » ou bien « je suis sûr que vous avez encore d’autres idées pertinentes, gardez les bien au chaud : nous allons consulter l’avis des autres pour voir comment ils vous rejoignent …»
    • Quelqu’un qui parle peu : « j’ai pu observer que vous suiviez avec intérêt la discussion… pouvez-vous partager avec nous ce qu’elle vous inspire ? »
  • Quand ça patine : synthétiser et/ou ajouter des options de réflexion (ouvrir de nouvelles portes, les participants décident ou pas d’y entrer)
  • Cadencer le temps : « Nous en sommes à 15 min, il en reste 15 », « nous en sommes à 25min, il en reste 5, quelqu’un à t-il des points que nous n’avons pas encore abordé ou continuons-nous à aller plus en profondeur sur les thématiques actuelles ? »

Animer un débat : Synthétiser le débat

Mettre en lumière  :

  • Les écarts de perception
  • Les préoccupations différentes
  • Les divergences de vécu

Puis faire apparaître clairement :

  • Les grandes tendances
  • Les convergences

Enfin, choisissez trois thématiques qui ressortent du sujet et sur lesquelles vous proposez au groupe de travailler.
Valider ce choix avec le groupe : « cette sélection vous convient elle, ou y a-t-il un autre point qui vous semble important de traiter maintenant ? »

L’intérêt d’animer un débat

Les façons de travailler et les comportements sont souvent ce qu’il y a de plus difficiles à changer dans une équipe. Nous allons prendre appui sur des découvertes vieilles de plus d’un demi-siècle (les travaux de Kurt Lewin), pour expliquer l’intérêt du débat technique en équipe pour conforter la dynamique d’une équipe

La lecture de Kurt Lewin permet encore aujourd’hui de nous rappeler quelques fondamentaux en matière de changement des habitudes comportementales (par la force du débat technique) :

Par souci d’économies dans les années de guerre (1939-1945), le gouvernement américain décida d’encourager les ménagères américaines à cuisiner des abats de bœuf. Si la mode n’était pas encore aux hamburgers, les bas morceaux ne faisaient pas non plus l’unanimité au sein des foyers américains de l’époque. Ils étaient même l’objet d’une assez forte aversion. Et surtout, les ménagères américaines n’avaient pas l’habitude d’en cuisiner.

Après moult campagnes d’informations infructueuses, le gouvernement américain décida de faire appel à Kurt Lewin, psychologue spécialisé dans la psychologie sociale et l’étude des comportements pour une expérience qui se révélera fondatrice.

Deux groupes de ménagères furent alors été constitués :

Le premier groupe assista à une conférence sur les biens faits bienfaits nutritionnels des bas morceaux. Les arguments étaient percutants, l’expert insistant également sur l’effort de guerre qui justifie l’implication de tous, des côtes normandes aux assiettes des enfants américains. A la sortie de la conférence, beaucoup de ménagères étaient convaincues. Pourtant, quelques mois plus tard, seules 3% d’entre elles s’étaient effectivement mises à cuisiner des abats.

Les ménagères du second groupe ont quant à elles participé à des réunions-discussions animées par un non-expert qui, après une courte introduction sur les avantages des abats, laissa le débat technique et la discussion libres entre les ménagères.  Les discussions furent vives et de nombreuses ménagères restèrent dans l’expectative à l’issue de ces échanges. Pourtant, quelques mois plus tard, 32% d’entre elles avaient changé leurs habitudes culinaires pour inclure à leur livre de recette les plats à base d’abats.

L’expérience met ainsi en lumière l‘intérêt du débat technique en groupe pour faire évoluer les comportements individuels, là où les injonctions (même argumentées et bien illustrées) n’ont pu démontrer que leur échec…Un débat technique fait bouger les lignes 10 fois plus qu’une grand messe où l’on assène des messages !

 

Bérenger Briteau