Le 8 septembre, au deuxième jour de notre Université d’été 2026, nous avons proposé à la trentaine de participants d’aller passer une journée en pleine nature pour expérimenter la conscience de soi en coaching.
Comme il se doit, la journée s’organisait autour des quatre énergies du modèle NRGy : la Terre, l’Eau, l’Air et le Feu.
Quatre séquences successives, chacune avec sa propre façon d’explorer la conscience du coach, sur lui-même, sur son client, sur ce qui circule entre eux.

Normal, c’était le fil conducteur de cette année chez NRGy, et, après des journées Club modélisantes et centrées sur le training, cette journée en pleine nature en était le moment le plus expérientiel.
Ce qu’on va essayer de raconter ici, c’est ce que cette journée a produit. Pas facile …

La Terre : ce que le corps sait avant la tête

La première séquence a commencé simplement : marcher seul, une quarantaine de minutes, dans un périmètre délimité. Porter son attention sur ce que le corps perçoit, les appuis, le rythme, la respiration, ce qui se détend ou se contracte, et observer ce que ça change quand on modifie volontairement sa façon de marcher.

Pour ces coachs, certains dans la famille NRGy depuis longtemps, c’est une consigne étrange. Un coach a toujours une intention quand il entre dans une relation, un client à écouter, un processus à tenir, une direction même vague vers laquelle orienter son attention. Là, pendant quarante minutes, tout ça avait disparu. Et ce qui arrive quand on enlève l’intention à quelqu’un qui a passé des années à l’affiner, c’est assez instructif à observer, et probablement encore plus à vivre. Certains ont accéléré le pas avant de ralentir, comme si le corps cherchait à retrouver un rythme connu. D’autres se sont laissé absorber par ce qui se passait autour d’eux, les sons, la lumière entre les arbres, la façon dont le sol change sous les pieds. D’autres encore ont failli rebrousser chemin, parce que marcher sans but dans un bois ressemble de près à perdre son temps, et qu’on a du mal, dans ce métier, à assumer de ne rien faire.

Ce qui est remonté ensuite était plus précis que de la détente, et plus utile aussi. La découverte que retourner son attention vers soi ouvre quelque chose dans la façon de percevoir ce qui se passe au-dehors, que le regard de l’autre, quand on s’y arrête vraiment sans chercher à l’analyser ni à y répondre, fait descendre en soi des choses qu’on ne savait pas qu’on portait, et que le corps, quand on lui rend un peu de place, perçoit des informations sur la relation bien avant que la tête n’ait eu le temps de formuler quoi que ce soit.

Ce que le groupe a voulu ramener dans sa pratique était simple : arriver en séance un peu plus léger, avoir déposé ses propres préoccupations avant d’ouvrir la porte, changer quelque chose dans sa propre posture quand le coaching patine avant de proposer quoi que ce soit au client, s’autoriser des séances dehors ou éteindre la caméra en visio à certains moments. Des gestes qu’on remet souvent à plus tard, et qui prennent une autre consistance quand on les a traversés dans son propre corps.

L’Eau : ce qui vient quand on arrête de chercher

La séquence Eau a commencé par une consigne encore plus radicale que la précédente : marcher seul, cette fois sans direction du tout, dans un périmètre délimité entre deux repères, puis descendre vers l’eau. Laisser les pensées partir sans les retenir. Ne rien chercher, ne rien rapporter.

Ce qu’on retirait là, c’est l’outil principal du coach : son attention dirigée, celle qu’il a affinée pendant des années et qui, en séance, scrute, capte, oriente. Elle n’avait plus d’objet assigné. Certains ont dû chercher quoi faire de leurs mains. D’autres ont accéléré le pas avant de ralentir. D’autres encore ont failli rebrousser chemin, parce que marcher sans but dans un bois ressemble de près à perdre son temps.

La séquence suivante a surpris tout le monde. En arrivant au bord de l’eau, il y avait des tapis que personne n’avait vus arriver là. S’allonger, face à l’eau ou face au ciel, comme on voulait, pour un temps qu’on n’avait pas précisé, ce qui en soi est déjà une information sur ce qu’on allait vivre. Ce que l’équipe a observé ensuite, de loin, c’est un groupe de professionnels de l’accompagnement humain allongés dans l’herbe un mardi matin, certains les bras en croix, d’autres recroquevillés sur le côté, d’autres encore immobiles comme s’ils avaient décidé de rester là pour de bon, et franchement on les comprenait. Et quand le temps est venu de repartir, la seule consigne était de rejoindre le lieu du déjeuner en marchant, en silence intérieur, pour rester encore un peu dans ce qui venait de se passer, quelle que soit la forme que ça avait prise pour chacun.e, et dont on n’a finalement jamais tout à fait su le détail, ce qui est très bien ainsi.

Plusieurs ont parlé d’une liberté retrouvée, d’une pression qui lâche, d’une connexion avec le lieu qui n’avait pas besoin d’être cherchée pour exister. D’autres ont décrit quelque chose de proche de l’hypnose, un état où les objectifs de la journée, de la semaine, de l’année, s’éloignaient d’eux-mêmes. Certain.es ont vu revenir des images, des personnes, des fragments. Quelqu’un a parlé de l’idée de la mort, pas comme une menace, comme une présence qui remet les choses à leur juste distance. Plusieurs ont simplement noté : faire rien, c’est faire quelque chose. Et ça fait du bien.

Ce qu’on leur a posé ensuite comme réflexion était un peu absurde : qu’est-ce que vous allez faire avec un atelier dont le principe était de ne rien faire ? La réponse a mis quelques secondes à venir. Marcher côte à côte avec un client plutôt que de se faire face. Laisser cinq minutes de vide en début ou en fin de séance. Proposer le silence après une question plutôt que d’en poser une autre. Des gestes qu’on connaissait déjà, qu’on remettait à plus tard faute de savoir comment les défendre face à un client qui attend qu’on l’aide à avancer.

Parce que c’est là que ça coince, dans la relation commerciale autant que dans la relation de coaching : proposer à quelqu’un de ne rien faire pendant qu’il vous paie pour l’accompagner demande une conviction que seule l’expérience personnelle peut donner. Un coach qui n’a pas traversé ça dans son propre corps comblera, presque malgré lui, au premier inconfort. Il posera une question, proposera un outil, bougera. Par manque de confiance dans ce que le vide peut produire.

C’est précisément ce que ces heures en forêt construisent, quelque chose de plus utile que ce qu’on attend d’ordinaire d’un séminaire résidentiel : la certitude intime que quelque chose peut émerger si on ne referme pas trop vite l’espace ouvert. Cette certitude-là, on ne peut pas la transmettre à un client sans l’avoir d’abord habitée. Et une fois qu’on l’a traversée, on n’a plus besoin de la justifier : on la tient, et le client le sent.

L’Air : l’arroseur arrosé

L’énergie Air, dans le modèle NRGy, c’est celle des pensées, des représentations, des récits qu’on construit sur soi-même et qu’on prend souvent pour des vérités, les croyances limitantes qui orientent nos choix à notre insu, les points aveugles qu’on traîne d’une séance à l’autre sans jamais vraiment les regarder en face, tout ce qui colore notre façon de nous voir sans qu’on lui ait donné son accord. Travailler la conscience dans cette dimension-là, c’est essayer d’éclairer ce fond d’écran mental, de le remettre dans le champ de vision plutôt que de le laisser tourner en arrière-plan, et c’est souvent là que ça résiste le plus, parce que ces pensées-là ont l’avantage d’être familières, rassurantes même, et qu’elles ressemblent tellement à ce qu’on est qu’on finit par les confondre avec soi-même.

C’est de là qu’est venue l’idée d’utiliser la fenêtre de Johari, que la plupart des coachs connaissent bien, avec ses quatre zones qui cartographient ce qu’on sait de soi et que les autres voient aussi, ce qu’on choisit de garder pour soi, ce que les autres perçoivent de nous sans qu’on le sache encore, et ce que personne ne voit, ni soi ni les autres, cette zone inconnue qui recèle souvent ce qu’on a de plus intéressant à développer. On s’est demandé si cet outil pouvait devenir autre chose, un chemin pour traverser vraiment ces quatre zones plutôt que de les nommer, les commenter, les ranger dans une grille.

Sauf que la journée se passait en pleine nature, dans un bois, avec des groupes qui se formaient et se reformaient au fil des séquences. On a donc adapté chaque zone de la fenêtre à une expérience corporelle et relationnelle : un temps en solo pour relire son journaligne et laisser venir ce que ça dit de soi, un temps en quatuor pour recevoir les regards croisés de pairs qui se connaissent, un temps dos à dos avec quelqu’un qu’on connaît peu pour entendre ce qu’un regard neuf capte sans le filtre de la relation installée, et un dernier temps côte à côte, les yeux portés vers quelque chose de plus loin, pour recevoir les potentiels que l’autre pressent en soi et qu’on ne voit peut-être pas encore soi-même.

Ce qui a frappé d’abord, c’est la similitude des perceptions. Les gens qui se connaissaient depuis des années et ceux qui se croisaient pour la deuxième fois voyaient souvent les mêmes choses, ce qui est à la fois rassurant et légèrement inquiétant : on se croit plus mystérieux qu’on ne l’est. Quelqu’un a parlé de “regard dingue, très proche de la vérité”, cette formule qui dit à la fois la surprise et le léger vertige de se reconnaître dans ce qu’un quasi-inconnu vient de poser sur un bout de papier après deux jours de cohabitation.

Les zones d’inconfort ont été les plus commentées, et les plus grattantes à recevoir, surtout quand elles venaient confirmer ce qu’on savait déjà de soi depuis longtemps et qu’on avait soigneusement relégué dans un tiroir. Il y a aussi eu ce réflexe qu’on connaît bien chez ses clients sans toujours le voir chez soi : laisser glisser les retours positifs comme si la flatterie était suspecte, et s’accrocher à ce qui accroche comme si l’inconfort, lui, était fiable.

Le temps dos à dos a produit quelque chose de particulier. Parler de quelqu’un sans le voir, recevoir ce qu’un regard neuf capte de vous sans votre visage en face, c’est une expérience étrange, un peu déstabilisante, et finalement assez juste. Et le dernier temps, côte à côte, les yeux portés vers quelque chose qu’on ne regardait pas vraiment, à recevoir les potentiels un peu fous que l’autre imagine pour vous, a surpris tout le monde, y compris ceux qui pensaient ne plus avoir grand chose à apprendre sur eux-mêmes.

En individuel, l’exercice tel quel ne se transpose pas facilement, et c’est très bien ainsi. Ce qui reste, c’est la posture : oser nommer ce qu’on perçoit des zones d’inconfort de l’autre, s’appuyer sur la fenêtre de Johari comme fil conducteur d’une séance ou d’une supervision, partir des forces plutôt que des lacunes, parce que c’est souvent là que quelque chose de nouveau peut s’ouvrir.

En coaching d’équipe, en revanche, l’exercice prend toute sa dimension. Permettre à un groupe de se dire les forces et les zones d’inconfort dans un cadre suffisamment solide pour que ça reste constructif demande de la préparation : la bienveillance d’un groupe de pairs réunis volontairement dans un bois normand n’est pas celle d’une équipe commerciale un jeudi matin dans une salle de réunion, et le coach qui ne tient pas compte de cette différence-là s’expose à des moments difficiles à rattraper.

Ce que l’atelier Air construit, au fond, c’est une capacité à tenir le regard, celui qu’on pose sur l’autre et celui qu’on reçoit. Un coach qui a traversé ça sait ce que ça coûte de recevoir un retour sur ses zones d’ombre, et ce que ça libère quand le cadre est bon. Et c’est peut-être là que le lien avec la conscience de soi est le plus direct : ce qu’on croit savoir de soi-même n’est qu’une partie de ce qu’on est, et les autres en voient souvent une autre, juste différente, et souvent utile à connaître. Traverser cet exercice, c’est agrandir un peu la fenêtre.

Le Feu : nourrir, éclairer, transformer

L’énergie Feu, dans le modèle NRGy, c’est l’énergie de ce qui est essentiel, de ce qui nous anime vraiment, de ce qui mérite qu’on y mette de l’énergie et qui, au fond, donne du sens à tout le reste. Travailler la conscience dans cette dimension-là, c’est aller regarder ce que notre vie montre vraiment de nous : ce que nos choix répétés, jour après jour, révèlent de ce qui compte vraiment. C’est souvent une découverte, et pas toujours celle qu’on attendait.

L’atelier Feu s’est organisé autour de trois mouvements successifs : identifier ce qui nourrit vraiment le feu, éclairer ce qui déforme notre rapport aux autres, et transformer ce qui encombre encore le présent.

La première séquence partait d’un constat : où va vraiment notre énergie ? Pas celle qu’on voudrait investir, pas celle qu’on planifie, mais celle qui part d’elle-même, jour après jour, dans le temps, l’argent, les pensées et les conversations. Répondre à ça vite, sans trop réfléchir, dit souvent quelque chose de plus juste que tout ce qu’on pourrait raconter sur soi-même. Ce qui est apparu pour beaucoup, c’est un léger décalage entre ce qu’on croit porter et ce que la vie montre, une information utile sur l’endroit où l’énergie passe vraiment. Le co-coaching qui a suivi, en binôme, permettait d’aller un cran plus loin : nommer ce qui est vraiment essentiel, chercher la preuve que c’est déjà là, et écrire une phrase sur ce qui est essentiel pour soi, qui allait servir de fil conducteur pour la suite de l’atelier.

Le deuxième mouvement était plus exigeant. On partait d’une personne, une seule, choisie parmi celles qui occupent encore trop de place dans notre tête, soit parce qu’on l’admire au point de se sentir un peu plus petit à côté d’elle, soit parce qu’on lui en veut pour quelque chose qu’elle a fait, ou pas fait, et qu’on n’a pas tout à fait digéré. Et on allait regarder de près ce qui se passe vraiment dans cette relation-là, pour reprendre ce qu’on a inconsciemment laissé à l’autre.

Le principe du miroir émotionnel est assez simple à énoncer et assez difficile à traverser : ce qu’on admire intensément chez quelqu’un, on le porte aussi, sous une autre forme, dans un autre contexte, et ne pas le reconnaître en soi coûte quelque chose. Ce qu’on juge chez quelqu’un, on l’a aussi manifesté quelque part, à un moment, et souvent pour des raisons qui avaient leur propre logique. Le travail en binôme consistait à aller chercher les faits, précisément, concrètement : où, quand, avec qui. Pas les intentions, pas les justifications, les faits.

Plusieurs ont parlé d’une charge qui se dépose, d’une relation qui reprend ses justes proportions. D’autres ont simplement noté que la charge affective, notée de zéro à dix en début d’exercice, avait bougé. Quelques-uns ont écrit “travail à poursuivre”.

Le troisième mouvement était corporel. Debout, dans l’espace, chacun.e choisissait spontanément un côté pour le passé et un côté pour le futur. Et on travaillait avec le souffle, en trois temps : regarder vers le passé et retrouver un moment où on s’est senti vraiment en vie, ramener ça au centre en inspirant lentement, puis déposer ce qu’on voulait laisser derrière, une comparaison, une idéalisation, une rancœur, un besoin d’avoir raison, et le laisser partir en expirant. Et enfin, regarder vers le futur, vers ce qu’on imagine de son moi futur vivant pleinement son essentiel, inspirer depuis là, recevoir la qualité dont on a besoin, avant de la renvoyer vers l’avenir en expirant.

La métaphore du feu est là : quand un feu prend mal, il produit de la fumée. Souffler dessus, lentement, avec l’intention juste, c’est redonner de l’oxygène aux braises qui sont déjà là. On ne crée rien de toutes pièces, on ranime ce qui n’a pas disparu. Pour le coaching d’équipe, ce troisième mouvement devient un protocole de projection à trois mois : qu’est-ce qu’on laisse derrière, qu’est-ce qu’on garde, qui doit-on devenir pour réussir la prochaine étape, et qu’est-ce qu’on peut commencer à incarner dès aujourd’hui.

Ce qu’une journée comme celle-là construit

Il y a des choses qu’on ne peut pas transmettre autrement qu’en les faisant traverser.

Ces choses-là, un coach qui les a vécues dans son propre corps les propose différemment à ses clients. Avec moins d’hésitation, plus de solidité, et la conviction tranquille que ça vaut la peine d’aller là. Ce n’est pas de la formation au sens classique du terme, et c’est pour ça qu’on y tient.

L’Université NRGy, c’est justement cela : un espace où l’on vient travailler sur soi en tant que coach, avec la rigueur qu’on doit à son métier et la légèreté qu’on se doit à soi-même.